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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 23:09

Article paru dans la tribune.

 

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Le président grec a haussé le ton contre Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances. Signe que Berlin a mis la pression sur Athènes. Et joue un jeu dangereux.


 

Cette fois, la coupe est pleine. Le président de la république hellénique, Karolos Papoulias a, mercredi, déclaré officiellement devant un parterre de militaires grecs qu’il « n’acceptait pas » que son pays « soit insulté ». Et d’attaquer directement le ministre allemand des Finances qui, dimanche dernier, avait mis en doute les capacités d’Athènes à respecter les engagements : « qui donc est Monsieur Schäuble pour dénigrer notre pays ? Qui sont les Néerlandais ? Qui sont les Finlandais ? »

Agiter le spectre de la faillite

Cette réaction violente est la forme la plus visible et la plus éclatante du conflit qui oppose depuis quelques jours Berlin à Athènes. D’un côté, le ministère allemand des Finances instille progressivement l’idée qu’une faillite grecque est désormais la seule voie de sortie possible à la crise. Le calcul de Wolfgang Schäuble est double. En habituant les marchés à l’idée de la faillite, il la « dédramatise » et espère ainsi empêcher l’effet de contagion tant redouté.
Or, une faillite de Grèce avant le 20 mars, qui serait circonscrite aux Hellènes, permettrait au budget allemand d’économiser sa part dans la future aide à Athènes. Pour un Wolfgang Schäuble obsédé par sa propre consolidation budgétaire et par l’obligation constitutionnelle d’un déficit structurel de 0,35 % pour l’Etat fédéral en 2016, cette économie n’est pas à négliger. Du reste, depuis plusieurs jours, les marchés sont envahis de bruits indiquant que l’Allemagne est sur le point de lâcher la Grèce. Et la décision de reporter une réunion de l’Eurogroupe mercredi soir est venue alimenter ces rumeurs.


Effrayer Athènes

Mais en agitant le chiffon rouge de la faillite, la Wilhelmstrasse – le siège du ministère des Finances à Berlin – peut également espérer faire peur à la classe politique grecque. De cette crainte, on espère outre-Rhin obtenir de nouvelles garanties et, de fait, une tutelle européenne sur le budget grec. Ce que craint Wolfgang Schäuble, ce sont évidemment les élections grecques d’avril prochain qui s’annoncent dramatiques pour les partis traditionnels. Bild Zeitung, ce jeudi, pouvait ainsi s’alarmer des « Communistes, Antisémites et demi-criminels » qui arriveront alors au pouvoir. L’essentiel pour Berlin est donc d’obtenir l’assurance qu’il n’y aura pas de volte-face de la politique grecque une fois l’aide de 130 milliards d’euros versée.
L’assurance accordée par les deux grands partis ne suffit du reste pas à rassurer Wolfgang Schäuble qui préférerait l’idée qu’il avait déjà évoqué d’un « commissaire aux économies » (Sparkommissar) gérant le budget grec de façon autonome. Parallèlement au risque de faillite, les rumeurs de pertes de souveraineté de la Grèce se multiplient donc : le député européen CDU Elma Brok a réclamé le report des élections et on évoque une « priorité absolue du remboursement de la dette » comme condition au versement de l’aide en mars. Bref, avec cette stratégie, Wolfgang Schäuble espère sortir vainqueur à tous les coups, que l’aide soit versée ou non.

Une germanophobie historique

Evidemment, cette pression de Berlin exaspère à Athènes où désormais la germanophobie est de rigueur. Karolos Papoulias, ancien résistant, a, du reste, rappelé que son peuple avait « toujours été fier d’avoir défendu non seulement sa propre liberté, mais aussi celle de l’Europe ». Après l’appel à la manifestation de la figure tutélaire de la résistance, Manolis Glézos, les différends historiques entre l’Allemagne et la Grèce reviennent à l’ordre du jour. Ces différends sont, il faut l’avouer, lourds. Lors de la dernière guerre, c’est la résistance grecque à l’armée italienne qui avait obligé Hitler à retarder son offensive sur l’Union soviétique afin de venir prêter main forte aux troupes mussoliniennes. Un retard qui avait conduit l’opération Barbarossa de la Wehrmacht contre l'URSS à s’enliser durant l’hiver 1941 aux portes de Moscou.
La résistance grecque, féroce, avait été également férocement réprimée et la demande de réparations est une pomme de discorde fréquente entre les deux pays, Berlin estimant avoir payé dans le cadre de l’accord de Paris de janvier 1946. Le souvenir des déportations et des exécutions est encore très vivace en Grèce, renforcée sans doute par la guerre civile qui a suivi le conflit mondial. Mais les tensions entre Athènes et Berlin ne datent pas d’hier.

L'Union européenne suit l'Allemagne

Lors de sa faillite de 1893, ce sont les Allemands qui avait organisé – déjà – un comité de créanciers qui avaient une vue sur les finances publiques. Sans compter le souvenir encore odieux aux Grecs de la monarchie du roi Otton, roi bavarois de 1833 à 1862 qui a géré le pays comme une propriété personnelle.
Le terrain est donc miné. D’autant que l’Union européenne semble désormais jouer le jeu de Berlin en Grèce. Progressivement, l’exclusion de fait du pays de la zone euro semble une perspective possible. Le ministre grec des Finances, Evangelios Venizelos, a prévenu : « certains ne veulent plus de nous ». La meilleure façon d’y parvenir est sans doute de remuer les vieux souvenirs.

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Published by sortirdeleuro2012 - dans Les mensonges de l'euro
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