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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 02:24

Par Roland HUREAUX

 

images-copie-8.jpgLe moindre paradoxe de l’euro n’est pas que  ceux qui sont la cause de sa mort (prochaine, mais certaine) sont les mêmes que l’on a  identifiés le plus à lui dans l’opinion internationale.

D’abord l’Allemagne, qui a donné longtemps l’impression au moins aux Français,  que l’euro était sa chose, qu’elle   était le meilleur élève de la classe : certes l’initiative d’une monnaie unique était plutôt partie de la France mais l’Allemagne avait dicté ses conditions : l’euro serait un mark bis élargi à l’Europe et il supposait un pacte de stabilité imposant à tous les pays de la zone une rigueur de type allemand.

Ensuite Jean-Claude Trichet, huit ans gouverneur  de la Banque centrale européenne, laquelle connait sans doute ses derniers jours. Militant de l’euro dès l’origine, il l’avait préparé en imposant dès 1992 la politique du franc fort et  s’est fait l’artisan, dès qu’il pu accéder à la tête de la BCE,  d’un euro également fort.

L’Allemagne a tué l’euro dès le départ en s’imposant un régime draconien de déflation des salaires et des prix intérieurs pour  trouver d’emblée une marge de compétitivité substantielle par rapport aux autres européens  d’environ 10 %  - dont 3 % de TVA sociale. Pour la plupart des pays de la zone, l’euro a signifié l’argent facile, l’adoption d’une monnaie au fort pouvoir d’achat ; au même moment, les Allemands  entreprenaient de se serrer  la ceinture pour mieux vendre à  ces nouveaux  consommateurs du reste de la zone, provisoirement déresponsabilisés. On a vu dans cette politique mercantiliste la volonté hégémonique de l’industrie allemande ; certes, mais il faut y voir aussi le caractère anxieux d’un pays, qui , congénitalement a besoin de faire des réserves ; il faut y voir surtout la stratégie du patronat  allemand (au moins d’une partie)  qui en promouvant une croissance uniquement fondée sur l’exportation pouvait vendre beaucoup sans avoir à  augmenter  le pouvoir d’achat des salariés allemands et donc accroître ses bénéfices et verser de meilleurs dividendes. Le paradoxe est que c’est  le  gouvernement social-démocratie de Schroeder qui a imposé cette politique  plus  favorable au capital qu’au travail.

Le résultat  a été un déséquilibre des échanges courants entre l’Allemagne et les autres pays qui n’a fait que s’aggraver depuis 1999 et qui  continuera de le faire  tant que les autres pays n’auront  pas réajusté leurs coûts par une dévaluation, ce qui veut dire une sortie de l’euro. Epreuve de vérité pour eux, dans la mesure où l’euro les a fait vivre au dessus de leurs moyens, mais aussi pour l’Allemagne qui ne pourra exporter aussi  facilement qu’aujourd’hui dans la zone euro et sera obligée de développer  son marché intérieur. Comme on n’a jamais vu les fourmis devenir cigales et les cigales devenir fourmis, il n’y a évidemment pas d’autre solution pur rééquilibrer les échanges intra-européens.

L’autre tueur de l’euro aura été  Jean-Claude Trichet : à la rigueur l’euro aurait-il pu être supportable  pour les pays européens les plus faibles   si ces derniers avaient pu continuer à exporter hors de la zone euro grâce à un euro relativement faible. C’est ce que  comprit  Wim Duisemberg , le premier président le la BCE  qui s’évertua à maintenir l’euro autour de  0,9 $. Mas dès que Trichet lui succéda en 2003, il  favorisa la remontée du cours de l’euro à 1,3 – 1,4 $, quelque fois plus. Seule l’Allemagne,  et encore,  pouvait résister à cette situation qui renchérissait tous les produits européens sur le marché mondial. Dans toute l’Europe, les industries périclitèrent et se délocalisèrent. Cette  politique folle est la principale responsable de la  désindustrialisation de notre continent. Les tensions sur les pays du Sud devinrent assez vite insupportables : on connait la suite.

On pourrait comparer la  monnaie unique européenne à une course    course contre la montre par équipes en montagne. Le peloton que constitue l’équipe doit rester groupé jusqu’au sommet du col,  c’est la règle. Cela suppose que tout le  monde joue le jeu ; or dans l’euro  certains n’ont pas joué le jeu. L’Allemagne peut être comparée à un  coureur  plus athlétique, qui dès le départ de la course, aurait mis  des bouchées doubles pour lâcher le reste de l’équipe.  La politique de  l’euro fort est comparable à celle d’un directeur sportif qui imposerait à l’ensemble de l’équipe un gros braquet, y compris aux coureurs  qui, par leur gabarit, auraient besoin d’un braquet plus faible. L’euro, c’est le même braquet pour toute l’équipe Europe, ce qui est  déjà très difficile  à tenir ; à tout le moins  fallait-il  que ce fut  un braquet moyen adapté aussi bien aux coureurs les pus athlétiques qu’aux  légers. Ce ne fut pas le cas.

Tout se passe comme si, sournoisement, l’Allemagne, restée attachée au mark, avait fait payer au reste de l’Europe d’avoir dû se rallier à l’euro en le sabotant, et comme si Trichet , pour mieux passer à l’histoire, s’était   efforcé de ne pas avoir de successeur à la tête de la Banque centrale européenne.

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Published by sortirdeleuro2012 - dans Une aberration économique
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  • : SORTIR DU TITANIC AVANT QU'IL NE COULE!! Ce blog vise à permettre au plus grand nombre de citoyens d'ouvrir les yeux sur la triste réalité du désastre de l'euro, dont le bilan catastrophique est désormais incontestable et dont la fin inéluctable se rapproche à grands pas.
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